Livre d’or
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Nos avis
Mardi passé, le 18 mars, je suis allé au vernissage de l’exposition de mon ami Reynald Halloy à la galerie des Hall à Louvain-la-neuve.
Photos sur le quartier d’habitats alternatifs de Louvain-la-neuve qui durant la période photographiée a connu ses premières expulsions et démolitions pour faire place au parking du RER.
Beaucoup de monde au vernissage. Des habitants actuels et passés du quartier sont venus en nombre voir la sélection des photos de Reynald et lire les extraits des récits des jeunes et moins jeunes de l’époque. Une atmosphère de nostalgie habitait la salle d’expo. Il faut dire que la menace plane sur l’existence même de l’expérience dans cette ville de plus en plus aseptisée.
Je connais beaucoup d’habitants. Certains sont de mes amis ou camarades de combats. Dans des temps anciens, je pouvais même en compter un certain nombre ayant travaillé pour moi comme modèles.
Mon regard sur cette expo se veut moins dans l’émotion de ceux qui luttent pour leur maintien dans un mode de vie particulier, que celui de l’amateur d’arts et photographe à ses heures. Je suis sensible au combat, mais ce n’est pas le mien, même si je le soutiens au nom de la liberté à bousculer les normes.
Revenons donc aux photos en elles-mêmes. Il y a du noir et blanc et de la couleur, des formats moyens et plus petits, des photos isolées et des diptyques, voire des polyptiques, des portraits, des individus, des couples, des familles, des groupes, des paysages, des quasi natures mortes, et des photos plus graphiques… Une sélection très équilibrée qui a certainement dû demander un long et âpre travail.
En plus des types de photos représentées dans cette sélection, sa plus grande force, à mes yeux, fut de l’avoir maillé des fils de l’intime avec ceux du social. En effet, les images des habitants du quartier, à l’extérieur de leurs roulottes, bulles, ou autres habitats légers, s’entrecroisent avec celles de la cellule familiale de Reynald, à savoir, ses filles et de leur mère, dont les plus fortes sont prises en intérieur.
Une autre dimension qui m’a plu, est celle du parti-pris de Reynald de faire poser les gens qu’il photographie. Par ce dispositif, il montre qu’il n’y a pas de volonté de faire « réaliste » ni « néo-réaliste ». Ce que je trouve intéressant car on évite ce que j’exècre en art : le pathos. Plus, j’estime qu’une certaine éthique est mise en œuvre dans cette manière de faire. En effet, si vous prenez en photo des gens dans leur quotidien, sur leur lieu de vie, sans les prévenir, soit ils ne vous ont pas vu et risquent de vous reprocher une intrusion dans leur espace privé, soit ils vous ont vu et vont dénaturer leur action et instaurer une ambivalence du naturel et du posé. Dans les deux cas, il n’y a pas de contrat explicite entre le photographe et le photographié. Ce qui posera des difficultés quand arrivera le temps ou l’artiste voudra dévoiler son travail au public. Alors que, faire poser une personne demande un dialogue préalable, des explications sur les desseins généraux et particuliers, le photographe doit dire dans quoi s’inscrit une pose dans une série de photos et la série dans sa démarche générale. De son côté, le photographié doit marquer son accord pour inscrire son image dans l’œuvre de l’artiste et expliciter les limites de son implication, ce qu’il veut bien montrer. Ce dialogue et le respect des deux parties ne prémunit pas des problèmes post-tirages car le photographié n'ayant pas le contrôle de toute l’édition, il se peut qu’il n’assume pas l’image donné de lui. Mais au moins, il y a un protocole éthique dans la photo posée, moins présente dans la photo « volée » ou « naturelle ».
Le dernier aspect qui m’a plu et que j’aborderai ici et encore de manière très succincte, est la partie que j’ai appelé plus haut, graphique et que je pourrais presque nommer « abstraite ». Je ferai court car d’une part, cette présentation est déjà bien trop longue pour une présentation Facebook, et, d’autre part parce que la question de l’abstraction, ou, le non figuratif est de celles qui m’interrogent le plus en art et singulièrement dans mon propre travail. Je ne vais donc pas ici disserter sur le sujet. Par contre, j’encourage le futur visiteur à porter attention aux rouges et aux verts des photos couleurs. Il y a une petite série dans laquelle une tache de rouge se détache du vert, en est le contre-point. Mais ce rouge étincelant sur vert apparaît ailleurs dans l’expo. Si l’on se concentre sur ces deux couleurs, qu’on les extrait du contexte, que l’on fait abstraction des personnages, des objets, des décors, alors on peut en faire une expérience de perception très épurée qui donnera des plaisirs d’un type particulier. Et puis, à un degré d’abstraction moindre, ce rouge est tellement saturé sur ce vert tellement naturel qu’il marque sensiblement l’action humaine sur la nature. Comme la pose repousse le pathos, le rouge éloigne la nature au profit de l’acte humain.
Après vous avoir exposé tout ce qui m’a plu dans cette expo, je me permets une inflexion. Reynald Halloy est un ami et en tant qu’ami, je suis sincèrement heureux de son succès. Je me réjoui qu’il ait pu mener à bien ce projet sur tant d’années. Je me réjouis que son expo aille dans d’autres lieux et qu’un livre soit en bonne voie d’être imprimé.
Par contre, sur un projet contenant un volet aussi concrètement politique et sensible, est-il normal et souhaitable de remporter une telle unanimité pour soi ?
(mais tout ceci n’engage que moi et n’est que le fruit réflexions basées sur mes souvenirs d’il y a quelques jours, au vernissage)
Photos sur le quartier d’habitats alternatifs de Louvain-la-neuve qui durant la période photographiée a connu ses premières expulsions et démolitions pour faire place au parking du RER.
Beaucoup de monde au vernissage. Des habitants actuels et passés du quartier sont venus en nombre voir la sélection des photos de Reynald et lire les extraits des récits des jeunes et moins jeunes de l’époque. Une atmosphère de nostalgie habitait la salle d’expo. Il faut dire que la menace plane sur l’existence même de l’expérience dans cette ville de plus en plus aseptisée.
Je connais beaucoup d’habitants. Certains sont de mes amis ou camarades de combats. Dans des temps anciens, je pouvais même en compter un certain nombre ayant travaillé pour moi comme modèles.
Mon regard sur cette expo se veut moins dans l’émotion de ceux qui luttent pour leur maintien dans un mode de vie particulier, que celui de l’amateur d’arts et photographe à ses heures. Je suis sensible au combat, mais ce n’est pas le mien, même si je le soutiens au nom de la liberté à bousculer les normes.
Revenons donc aux photos en elles-mêmes. Il y a du noir et blanc et de la couleur, des formats moyens et plus petits, des photos isolées et des diptyques, voire des polyptiques, des portraits, des individus, des couples, des familles, des groupes, des paysages, des quasi natures mortes, et des photos plus graphiques… Une sélection très équilibrée qui a certainement dû demander un long et âpre travail.
En plus des types de photos représentées dans cette sélection, sa plus grande force, à mes yeux, fut de l’avoir maillé des fils de l’intime avec ceux du social. En effet, les images des habitants du quartier, à l’extérieur de leurs roulottes, bulles, ou autres habitats légers, s’entrecroisent avec celles de la cellule familiale de Reynald, à savoir, ses filles et de leur mère, dont les plus fortes sont prises en intérieur.
Une autre dimension qui m’a plu, est celle du parti-pris de Reynald de faire poser les gens qu’il photographie. Par ce dispositif, il montre qu’il n’y a pas de volonté de faire « réaliste » ni « néo-réaliste ». Ce que je trouve intéressant car on évite ce que j’exècre en art : le pathos. Plus, j’estime qu’une certaine éthique est mise en œuvre dans cette manière de faire. En effet, si vous prenez en photo des gens dans leur quotidien, sur leur lieu de vie, sans les prévenir, soit ils ne vous ont pas vu et risquent de vous reprocher une intrusion dans leur espace privé, soit ils vous ont vu et vont dénaturer leur action et instaurer une ambivalence du naturel et du posé. Dans les deux cas, il n’y a pas de contrat explicite entre le photographe et le photographié. Ce qui posera des difficultés quand arrivera le temps ou l’artiste voudra dévoiler son travail au public. Alors que, faire poser une personne demande un dialogue préalable, des explications sur les desseins généraux et particuliers, le photographe doit dire dans quoi s’inscrit une pose dans une série de photos et la série dans sa démarche générale. De son côté, le photographié doit marquer son accord pour inscrire son image dans l’œuvre de l’artiste et expliciter les limites de son implication, ce qu’il veut bien montrer. Ce dialogue et le respect des deux parties ne prémunit pas des problèmes post-tirages car le photographié n'ayant pas le contrôle de toute l’édition, il se peut qu’il n’assume pas l’image donné de lui. Mais au moins, il y a un protocole éthique dans la photo posée, moins présente dans la photo « volée » ou « naturelle ».
Le dernier aspect qui m’a plu et que j’aborderai ici et encore de manière très succincte, est la partie que j’ai appelé plus haut, graphique et que je pourrais presque nommer « abstraite ». Je ferai court car d’une part, cette présentation est déjà bien trop longue pour une présentation Facebook, et, d’autre part parce que la question de l’abstraction, ou, le non figuratif est de celles qui m’interrogent le plus en art et singulièrement dans mon propre travail. Je ne vais donc pas ici disserter sur le sujet. Par contre, j’encourage le futur visiteur à porter attention aux rouges et aux verts des photos couleurs. Il y a une petite série dans laquelle une tache de rouge se détache du vert, en est le contre-point. Mais ce rouge étincelant sur vert apparaît ailleurs dans l’expo. Si l’on se concentre sur ces deux couleurs, qu’on les extrait du contexte, que l’on fait abstraction des personnages, des objets, des décors, alors on peut en faire une expérience de perception très épurée qui donnera des plaisirs d’un type particulier. Et puis, à un degré d’abstraction moindre, ce rouge est tellement saturé sur ce vert tellement naturel qu’il marque sensiblement l’action humaine sur la nature. Comme la pose repousse le pathos, le rouge éloigne la nature au profit de l’acte humain.
Après vous avoir exposé tout ce qui m’a plu dans cette expo, je me permets une inflexion. Reynald Halloy est un ami et en tant qu’ami, je suis sincèrement heureux de son succès. Je me réjoui qu’il ait pu mener à bien ce projet sur tant d’années. Je me réjouis que son expo aille dans d’autres lieux et qu’un livre soit en bonne voie d’être imprimé.
Par contre, sur un projet contenant un volet aussi concrètement politique et sensible, est-il normal et souhaitable de remporter une telle unanimité pour soi ?
(mais tout ceci n’engage que moi et n’est que le fruit réflexions basées sur mes souvenirs d’il y a quelques jours, au vernissage)