Reynald Halloy
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Borys Cholewka et Céline Ochem

Remettre la vie en mouvement - Borys Cholewka et Céline Ochem

Extrait de "Sagesses d’ailleurs pour vivre aujourd’hui", de Frederika Van Ingen (Editions Les Arènes / J’ai lu).

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Merci à Frederika de m'avoir autorisé à publier cet article sur ce blog. La publication de cet article a pour but de faire connaître ce livre passionnant qui nous transmet la sagesse universelle des peuples racines, de soutenir l'association Pachamanta fondée par Borys et Céline Cholewka et de faire découvrir le parcours de Borys et Céline qui ont éclairé et qui continuent à éclairer mon chemin. Reynald Halloy

Remettre la vie en mouvement
Borys Cholewka et Céline Ochem

« La plupart des gens ne veulent pas êtres libres. Ils croient seulement le vouloir. Pure illusion. Si on leur donnait vraiment la liberté qu’ils réclament, ils seraient bien embêtés. En fait les gens aiment leurs entraves. »

Haruki Murakami, Kafka sur le rivage

« Et toi, Frederika, où en es-tu avec la liberté ? » Cela fait à peine quelques minutes que je suis attablée devant le café que Borys Cholewka m'a offert. Nous avons à peine fait connaissance, et déjà, nous voilà à l'essentiel. Je bredouille quelques arguments autour des arrangements nécessaires avec la vie, entre la gestion des contraintes et ces petits moments de clarté où l'éternité apparaît dans l'instant présent. Mes yeux se promènent sur les murs de sa maison, une ancienne ruine qu'il a reconstruite, posée à côté d'une superbe yourte et d'un jardin biologique, son « lieu de transformation », à deux pas d'un hameau du Morvan. Parmi les passeurs dont j'ai croisé la route, Borys est sans doute celui qui collerait le plus à l'image que l'on peut se faire d'un chamane. Fils de chamane lui-même, ses murs sont tapissés de peaux de loup, peaux de renard, peaux de serpents et de costumes, tambours, bourses et poupées, témoins actifs de ses années de voyage et d'apprentissage, entre autres, auprès de ses maîtres sibériens. « Chacun de ses objets a une fonction et une place précise qui correspond à un lieu dans la nature, au degré près, m'expliquera-t-il plus tard. Ce sont des savoirs codifiés depuis des siècles qui m'ont été transmis. Cela a été un travail très long de tout réaliser… Et en même temps, ajoute-t-il en les considérant du regard, on pourrait tout enlever. On n'a besoin de rien en réalité… » Car s'il devait rester quelque chose parmi tous ces outils, pour Borys, ce serait le souffle. Le souffle, ce vent qui naît de l'intérieur et met l'homme en mouvement ; le souffle, qui fait naître les chants.

Chanter, pour Borys, n'a jamais été une question : dans sa famille ukrainienne, depuis qu'il est tout petit, on chante comme on respire. Né en Belgique en 1958, sans nationalité, car ses parents sont des « réfugiés de l'ONU d'origine ethnique ukrainienne », il apprend les chants traditionnels. Des chants qui parlent d'amour, de famille ou d'espoir, comme celui que son père chantait en Allemagne pendant sa déportation pour se donner du courage : « Il parle d'un cosaque démuni qui rentre de la guerre et de sa dulcinée, prête à le suivre partout malgré les privations, “tant que mon cœur est avec toi”, dit-elle. Ce qu'il m'a transmis, c'est qu'il y a toujours une magie et un sens caché derrière ces chants, comme derrière les contes, qui montrent un chemin. » Très tôt, Borys accompagne son père, qui travaille la semaine en usine, dans la forêt près de Liège. « Il a commencé à me parler des rituels en Ukraine. Je pense qu'il était plutôt assistant chamane que chamane, mais il savait aussi préparer des plantes, il avait toujours des fioles et nous soignait comme ça. Parfois, quand les gens venaient se faire soigner en Ukraine, il utilisait des fouets d'orties, ou un nid de fourmis sur lequel le malade devait se coucher, nu. Mais on ne parlait jamais de chamanisme, plutôt de guérison, de rituels. C'est seulement beaucoup plus tard que je me suis vraiment intéressé à cette voie, même s'il me l'a ouverte. Il m'a aussi ouvert la voie du dépassement, parce qu'il avait cette capacité de marcher dans la ville, et soudain se mettre à chanter haut et fort. Avec mon frère, nous avions une gêne, nous marchions 10 mètres derrière lui, de peur qu'il ne commence à chanter. Mais en même temps ‒ il m'a fallu du temps pour le comprendre ‒, il m'a donné cette force, la référence de sa voix, et cette liberté de chanter en public. »
Entre-temps, c'est la voie du corps que Borys a empruntée : « Enfant, je pratiquais le yoga sans même savoir que cela existait. À seize ans, je suis tombé sur mon premier bouquin de yoga dans une librairie en me disant : “Je connais ça.” » Il commence donc à l'apprendre, et devient professeur. « Ça a été en partie mon métier. L'autre, c'était sous-chef de gare, avec un képi sur la tête, un rêve de gamin. » Parallèlement, il étudie le sanskrit et se passionne pour les points de vue des philosophies indiennes, notamment la métaphysique (Sāṃkhyakārikā) et le Yoga sutra de Patanjali, et le veda qui inclut des pratiques de chant. « Puis il a fallu se dépassionner, conclut-il en souriant. Après plusieurs années de végétarisme, de yoga quatre heures par jour, de travail seize heures par jour, lors d'un voyage en Inde, je suis tombé malade. J'ai rêvé de viande, comme Obélix rêve de sangliers… Je suis rentré en Europe pour m'ouvrir à d'autres points de vue. Et là, la voie du chant s'est ouverte. » Il étudie entre autres avec Sœur Marie Keyrouz, spécialiste du chant religieux moyen-oriental notamment, et avec l'ethnomusicologue Tran Quang Haï, le chant diphonique, ce chant où un seul organe vocal produit deux sons simultanément.
Est-ce cette pratique qui ensemence ses rêves ? Peut-être, car il se met à rêver de maisons, de chevaux, de personnages qui évoluent dans un pays, dont il sait intuitivement que c'est la Sibérie. Il lit alors La Chamane blanche , y retrouve des éléments de ses rêves et décide d'aller rencontrer les protagonistes de ce livre. Il se rend à Novossibirsk en Sibérie, rencontre l'astrophysicien Alexander Victor Trofimov dans le centre de recherches Akademgorodok, la « Silicon Valley de la Sibérie », et réalise des expériences de méditation et de chant pendant deux jours dans la chambre hypomagnétique et les « miroirs » du savant russe Kozyrev . Là, ses visions sont encore plus précises : elles l'emmènent à Touva, à 1 500 km de là, entre Sibérie et Mongolie. « Je suis les signes que j'ai reçus dans les sous-sols du centre de recherche, et je rencontre un maître de chant, Vladimir Soyan. Nous tissons des liens, il m'emmène dans la taïga avec lui, me parle de chamanisme, parce qu'il a lui-même des dons de guérisseur reçus de sa grand-mère. Il ne pratique pas mais transmet le chant diphonique. Je rencontre ses amis guérisseurs. Je comprends alors que le chant, pour moi, est le prétexte premier, c'est le “rail”. Et ça l'est toujours, parce que dans la transmission du chamanisme, partout où je suis allé, avec les Sioux en Amérique du Nord ou en Amazonie avec les curanderos, l'outil principal reste le chant. À tous ceux que j'ai rencontrés, j'ai demandé : “Quel est l'outil principal ?” Ils m'ont tous dit : “C'est le chant.” »

(1) Olga Kharitidi, La Chamane blanche, Paris, J.-C. Lattès, 1997, l'histoire d'une psychiatre russe de Novossibirsk initiée par une chamane en Sibérie.

(2) La chambre hypomagnétique ou « miroir de Kozyrev » est un ensemble circulaire de feuilles d'aluminium, créé par cet astrophysicien russe à des fins d'expériences sur le temps et certains phénomènes psychologiques.

Initiation sibérienne

L'aiguillage suivant sur ce rail le mène à rencontrer Oleg Ouvaja Tchoudoumovitch, le chamane qui œuvre pour la famille de son maître de chant. « Il me regarde et, en quelques instants, me fait le diagnostic de tous les problèmes physiques que j'ai eus. Mes problèmes de genou, d'épaule : il sait tout. Cela a été une révélation. Je lui ai demandé si je pouvais être son élève. Deux jours après, nous nous sommes revus et il a accepté. » De son premier rituel avec Oleg, le souvenir de Borys est une très grande douleur. « Je lui avais demandé de m'enlever mes peurs, car selon mes critères, j'avais trop de peurs qui me bloquaient. Il porte ce costume et cette coiffe de plumes, décrit Borys en m'indiquant des yeux l'endroit où ceux-ci sont suspendus au mur, joue du tambour et chante des incantations. J'entre en transe, et là, je ressens une douleur atroce, la sensation que sa main rentre dans mon ventre, qu'elle saisit ma colonne vertébrale par l'intérieur et qu'il m'arrache cette peur. Dès le lendemain, quelque chose s'était envolé. Comme quand tu es myope et que tu mets des lunettes : la peur obstruait une part du monde. »
« Maintenant tu n'as plus de peurs ? » ai-je voulu vérifier. « Si, mais beaucoup moins. Le problème n'était pas tant la peur ‒ elle est utile dans certaines situations ‒ mais ce qu'elle recouvrait. Dans ma vie d'artiste, quand je monte sur scène, je le vois bien : bien sûr, il y a le trac, mais c'est sain, comme une mise sous tension, mon corps qui se prépare. Mais dans ce processus avec Oleg, j'ai compris comment la peur arrive, comment elle s'installe et bloque. Elle est toujours là : on a tous peur de la mort. Quand on te tape sur l'épaule et que tu sursautes, c'est elle qui te fait sursauter. Les textes de l'Inde le disent : toutes les peurs viennent de là. Dans ce rituel avec Oleg, j'ai eu la sensation de mourir. La sensation d'une main qui rentre là dans le ventre, et qui va saisir la colonne, c'était effrayant et douloureux. Évidemment, il n'a pas fait ça, je le sais parce que ce n'est pas possible. Mais tout était là, la théâtralisation, la douleur qui accompagnait, tout était tellement impressionnant que ça m'a permis d'entrer dans un autre monde. Et dans cet autre monde, la main est rentrée vraiment, a saisi la colonne et remis quelque chose en place. »

Depuis cette rencontre, Borys suit cet enseignement. Tous les ans, il se rend à Touva. Oleg, aujourd'hui décédé, l'a orienté vers d'autres chamanes pour compléter son approche, et notamment vers Sat Nadiejda Mijit Dorjouievna, une femme chamane qui est aujourd'hui son maître. « Je dis maître parce qu'elle m'enseigne, mais nous sommes des amis », précise-t-il. Il va donc apprendre la lecture du miroir ‒ Kuzungu ‒, a « boule de cristal” du chamane, les protocoles pour les rituels spécifiques pour toutes les situations de la vie, comment ils sont reliés à chacune des saisons et comment « travailler avec les rythmes naturels parce que tout est en interconnexion avec les cycles de la nature », les incantations, le tirage des pierres de divination, l'étude des plantes, etc. Ensuite, tout au long de l'année, Borys devait pratiquer ces rituels de connexion. Il continue, ce qui l'a conduit à quitter la ville pour s'installer dans le Morvan. « J'ai ensuite été mené à chaque saison dans la forêt, pour voir comment on peut survivre dans la taïga, avec un cheval, un fusil, le feu et le rituel. En hiver 2006, j'étais seul au pied de l’arbre choisi. Quatre jours, par -45°, sans tente ni sac de couchage. Tu as le feu, le cheval qui te tient chaud la journée. Tu dois contrôler ton sommeil, car si tu dors plus de deux heures, tu meurs : tu gèles d'un côté. C'était mon initiation. »
Aujourd'hui, parce qu'il a été éduqué par l'une de ses branches, Borys fait partie de l'association des chamanes de Touva - Douh Doungur, l’esprit du tambour, présidé par Kenin Lopsan . Là-bas, les chamanes, pourchassés, déportés et exécutés sous le régime communiste, se sont maintenant structurés en associations. Ils ont retrouvé leur place dans la société touvine et viennent même quelquefois à la rescousse de la médecine classique. Lorsqu'il est là-bas, Borys donne parfois des soins dans une clinique de Kyzyl, la capitale du Touva. « Là-bas, les médecins entrent dans la chambre du malade, te voient et te saluent en joignant les mains. Il y a du respect pour la dimension sacrée. En général, je suis payé avec quatre poissons, et des choses que je rends à mon maître. » Touva est l'une des régions les plus pauvres de Russie, avec 70 % des gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Jusqu'à l'arrivée du communisme, les Touvins étaient des pasteurs nomades qui sillonnaient les montagnes de l'Altaï. Ils n'entrent pas forcément dans la case que nous avons créée pour désigner les peuples premiers, puisque la civilisation et le communisme sont passés par là, mais leur religion, le chamanisme tel qu'il est encore pratiqué, même s'il est en cours de transformation avec les modes de vie plus urbains, provient d'une tradition remontant probablement jusqu'à la préhistoire. La population de Touva, elle, a progressivement mêlé cette pratique avec le bouddhisme à partir du XVIIIe siècle pour créer une cosmogonie mixte. Avec le communisme, le mode de vie des Touvins a été bouleversé par la sédentarisation forcée et la collectivisation du bétail. « Ils n'ont aucune aide, aucun soutien, décrit Borys. En soixante-dix ans, ils ont perdu leur métier d'éleveurs, sont passés de la yourte aux maisons, aux villages. Ils ont connu les médailles pour le travail, la discipline, le non-chômage. Et depuis, les entreprises se sont effondrées. Dans les campagnes, on voit encore les grosses fermes collectives abandonnées. Les gens vivent là, dans des maisons le long des rues, sans rien faire sauf regarder la télévision, reçoivent 25 dollars de pension et boivent de la vodka à 15 centimes la bouteille. Ce sont aussi les Russes qui ont apporté la vodka. Avant, le seul alcool qu'ils buvaient, c'était le lait fermenté de yack ou de renne, à trois ou quatre degrés seulement. Donc les gens boivent, et meurent d'alcoolisme, et beaucoup de chamanes aussi, parce que chamane ne veut pas dire sage. Mais il y a aussi parmi eux des gens extraordinaires… »

(3) Ce chamane né en 1930, qui a reçu son savoir de sa grand-mère, emprisonné pendant quinze ans sous le régime communiste, est aussi historien. Il a reçu du Fonds pour les études chamaniques (FFSH) de l'anthropologue américain Michael Harner le titre de « Trésor vivant du chamanisme ».

Le pouvoir du chant

Ces pratiques qu'il a apprises auprès de ses maîtres sibériens, Borys les a peu à peu mariées à ses connaissances issues du yoga, de l'étude des philosophies indiennes et surtout du chant. Ce « rail » qu'il a suivi, l'a amené à apprendre d'autres traditions de chants sacrés, en Inde, en Russie. Il a rencontré deux fois un chef Sioux Lakota, Max Defender, leader de la danse du Soleil, et partagé avec lui les chants au tambour, qui avaient pour Borys une saveur familière. Riche de tous ces apports, il a commencé à transmettre ces chants lors de concerts, en France et à l'étranger, à proposer des stages à des professionnels du spectacle, à des élèves en ateliers, puis à créer des ensembles vocaux (Phenomenon, Chant de Voyage, Lux Silentii). Installé à Lyon pendant plusieurs années, il a ouvert une chorale aux « passagers » d'un centre hébergeant les sans-abri. Une respiration pour ces personnes marginalisées, repliées sur elles-mêmes, comme un espace à part pour recréer du lien et restaurer un peu de leur confiance en soi.
Et comment expliques-tu ce pouvoir du chant ?, lui ai-je demandé. « Il permet d'entrer dans une dimension de nous-mêmes qui parfois s'éloigne un peu de la pensée. Même si elle est encore là, selon le chant, elle se dirige vers un espace en nous, un sentiment, une couleur vécue à l'intérieur », me répond-il tout en attrapant sa guitare. La porte derrière moi s'ouvre à cet instant, et laisse entrer Céline Ochem, sa compagne. Ensemble, sans se concerter, ils entonnent un superbe chant de louange au Créateur, en espagnol. « Comment décrire cela ?, reprend-il après un instant de silence. Nous n'avons rien préparé, mais Céline est entrée et nous nous sommes rencontrés dans cet espace de la voix, ce lieu de la communication, de la vie. De tout temps, les peuples ont exprimé leurs souffrances à travers les chants ou les danses alors qu'ils n'avaient pas le droit de les dire. Quand je chante sur scène, c'est dans ce lieu-là que j'amène les auditeurs. La voix chantée, c'est comme une petite boule de souffle qui vibre avec un peu d'âme. »

Ce que j'ai entendu, m'explique Borys, c'est un icaro, un chant que Céline a reçu lors d'une diète. Elle aussi est devenue chamane, ou plus précisément, rectifie-t-elle « guérisseuse végétaliste ». Car, suivant toujours son rail, Borys a eu envie, il y a quelques années, d'en savoir plus sur les icaros, ces chants qu'utilisent les ayahuasqueros amazoniens (voir François Demange, page …). Il a donc contacté Jacques Mabit, le médecin français fondateur du centre Takiwasi au Pérou. Celui-ci, qui connaissait son travail auprès des sans-abri, l'a invité pour échanger leurs pratiques. C'est là-bas qu’il a rencontré Céline, qui mettait en place le laboratoire du centre.

Les diètes de plantes

Au départ, Céline travaillait en France en prévention de la toxicomanie dans les rave party. « Les produits de substitution, la méthadone que l'on donne à la place des drogues, ne me satisfaisait pas, raconte-t-elle. Je me suis toujours demandé pourquoi les jeunes avaient ce besoin de prendre de l'ecstasy, de la cocaïne, etc. J'ai compris qu'ils cherchent en fait une ouverture spirituelle par l'expérience. Ils sont dans une recherche personnelle. Mais comme dans notre société, tout est désacralisé, ils n'ont pas de guide, et cela donne des initiations sauvages, suivies des problèmes de dépendance. En Amazonie, un jeune qui se cherche, on lui donne des plantes pour qu'il retrouve le chemin. Selon la cosmovision amazonienne, la dépendance à une plante (tabac, coca) provient d’un désaccord avec l’esprit de cette plante. Pour rétablir l’harmonie avec cet esprit et sortir de la dépendance, il va falloir le “réapprivoiser” en l’ingérant par voie orale lors de longues périodes avec un régime particulier. »
« Cette approche m'a intéressée et m'a menée d'abord vers l'étude de l'herboristerie, puis au Pérou, pour mettre en place le laboratoire du centre Takiwasi. » Pour comprendre la médecine amazonienne, Céline a reçu des soins dans ce centre, avec l'ayahuasca, les purges, mais surtout des diètes de plantes : « Ce n'est pas à travers l'ayahuasca, mais à travers les diètes que j'ai compris l'essence de cette médecine, et que j'ai rencontré ma propre essence. Le contact avec la nature, avec le silence intérieur, et les perceptions du “monde autre” se sont vraiment développés chez moi grâce à elles. Elles m'ont apporté une libération spirituelle, et j'ai reçu ma vocation : celle de soigner. » Céline a donc suivi ensuite avec son « maestro » quechua des diètes en isolement dans la forêt, une de quarante jours, plusieurs de un mois avec leurs longs mois de post-diètes restrictives. Elle a appris également la médecine des parfums, qu'on fait sentir ou qu'on souffle sur différents endroits du corps et qui nettoient au niveau énergétique. « Les diètes de plantes, explique Céline, inscrivent le savoir dans le corps. Les esprits des plantes que l'on ingère modifient notre structure psychique et énergétique de manière à ce qu'on puisse absorber les énergies des personnes qu'on soigne et les évacuer sans tomber malade. Ensuite, les gestes de soins sont automatiques. Dans cette médecine, tout passe par le corps, très peu par le mental. Pour l'utiliser, on n'a pas besoin de l'ayahuasca, précise-t-elle. D'abord, c'est interdit en France donc on ne l'utilise pas, et on peut faire un travail très efficace sans. » La plante principale de Céline, c'est le tabac, qu'elle cultive elle-même et à laquelle elle chante ses icaros quand elle la prélève, « pour canaliser son esprit, lui donner plus de force, augmenter sa fréquence vibratoire, car tout est question de vibration chez l'homme comme chez la plante ». « C'est quelque chose que j'ai appris dans mes diètes. » Ce tabac, elle l'utilise en purge, c'est-à-dire comme une plante vomitive. Pourquoi faut-il toujours vomir, dans beaucoup de ces médecines ? « Pour dégager tous les champs émotionnels, l'excès de tristesse, de colère, de peurs. Je préfère le terme “rendre”, car il signifie rendre à la terre ce qui ne nous appartient pas, ce qu'on ne veut plus, ces choses que l'on porte de ses parents, de ses grands-parents par exemple… En plus, le tabac est une plante qui tranche, qui redonne de la verticalité, qui remet les choses à leur place, rectifie, permet l’enracinement et reconnecte à la réalité. Il rééquilibre le masculin et le féminin de la personne, la recentre, et donne le cœur et l'esprit clair. » Pour compléter sa formation et la rendre plus « palpable » pour les Occidentaux, Céline a étudié la naturopathie à Lyon. Une façon d'harmoniser nos deux cultures en mariant les approches de l'intellect et du ressenti. Et elle continue son travail de découverte des plantes par la diète, mais en France, avec des essences d'ici, le chêne, le bouleau, etc. Car pour elle aussi, si nous allons aujourd'hui chercher en Amazonie et ailleurs des techniques issues d'autres traditions, ce n'est pas pour jouer aux Indiens, mais pour réveiller la nôtre. « Nos ancêtres et nos sorcières ne faisaient peut-être pas de diètes, mais ce lien à la terre et aux mondes autres, ils l'avaient. Grâce aux techniques apprises en Amazonie, on redécouvre actuellement un savoir d'ici qui a été perdu. » Un travail qu'elle partage avec Borys désormais.

Car un an après leur rencontre au Pérou, ils se sont retrouvés « par hasard » en Argentine, pour une diète avec un chamane. Lorsque Céline est finalement rentrée en France, elle s'est tournée vers Borys pour recevoir des soins. Les chamanes aussi ont besoin de se faire soigner pour se débarrasser de la fatigue et des énergies négatives. Peu à peu, ils sont devenus amis, puis compagnons. « Ce qui nous a réunis, raconte Borys, ce sont d'abord nos valeurs spirituelles. » Des personnes qui chantaient avec lui ont eu envie de découvrir la médecine des plantes de Céline. Ils ont donc proposé, après les avoir essayés sur eux-mêmes et vérifié leur validité, des programmes qui allient les purges de tabac, une mono-diète, le rituel du bania, sorte de sweat lodge en version sibérienne, les chants sacrés et des temps à l'extérieur, en nature. Ce mariage de leurs approches s'est fait naturellement.
Par nature, les savoirs chamaniques sont mouvants. Transmis oralement et à travers l'expérience, ils sont d'abord vécus par la personne qui les reçoit, et c'est à travers la façon dont elle les a vécus qu'elle va les retransmettre et s'en servir. Peu à peu, avec le développement des moyens de communication, des ponts se sont créés entre ces cultures et ces savoirs : « C'est rare de trouver un chamanisme très pur maintenant, indique Céline. En Amazonie, on trouve des sweat lodges, des pratiques d'Amérique du Nord, les techniques se complètent et se mélangent. Même s'il y a toujours une base de connaissances ancestrales, transmises de guérisseur à guérisseur. Il y a aussi toute une partie du savoir qui est reçue dans les songes ou dans la transe. On dit dans notre jargon que ce sont les esprits qui viennent nous enseigner. » C'est cette part invisible, sur laquelle le chamane s'aligne, en utilisant les savoirs codifiés reçus de ses maîtres, pour inventer sa propre façon de faire. « C'est pour cela, complète Borys, que chaque guérisseur a son propre rituel, développe un style, pour guérir telle ou telle maladie, physique ou psychique. Mais attention, prévient-il, nous ne faisons pas de guérison. On ne fait que soutenir des processus. Quand la personne se soigne par la médecine allopathique, on n'interfère pas, on trouve des plantes qui vont soutenir son système immunitaire. On propose à une autre des protocoles, des méditations, des mantras, qui vont changer sa façon de faire. Soudain la personne s'occupe d'elle-même donc son rapport à sa vie change. » « On part du principe que ce n'est pas nous qui soignons, on donne simplement des outils pour augmenter la force vitale et pour que la personne trouve la voie de la guérison, reprend Céline. On s'est rendu compte que le mariage de ces cultures, des différents rituels, fonctionnait très bien. Il y a d'ailleurs beaucoup de points communs dans les techniques utilisées, comme le chant évidemment, ou le fait de souffler, en Amazonie des parfums, en Sibérie de la vodka, de l'eau salée ou du thé. Il y a aussi des similitudes sur les endroits du corps, les niveaux où on agit », remarque Céline. « Bref, conclut Borys, au niveau spirituel, nos esprits se sont rencontrés, et esprits amazoniens et esprits sibériens se sont aimés. »

Pour plus d'informations sur les diètes de plantes, vous pouvez contacter l'association Pachamanta fondée par Borys et Céline Cholewka: http://www.pachamanta.com

La poésie, langage de l'invisible

Et ces esprits justement, sont-ils les mêmes dans chacun de ces deux côtés du monde, et si oui, que sont-ils ? « Ce mot “esprit” est souvent interprété chez nous, répond Borys. En fait, il y a un taux vibratoire pour chaque chose, une fréquence différente, entre une pierre, une fleur délicate, un arbre. On pourrait dire une lumière différente, une vibration qui agit : l'homme est influencé par tous les bruits environnants et aussi par tous les styles de lumière qu'il peut rencontrer, d'odeurs, etc. » S'agit-il de quelque chose qui est à l'extérieur de nous ou n'est-ce qu'imaginaire ? « Quand je parle de l'“esprit du bouleau”, me dit Borys, je peux rencontrer sa forme, une couleur. Je le vois et je dialogue avec lui. Est-ce que cela se passe en moi ou à l'extérieur, dans une réalité non visible ? On peut rentrer dans une discussion sur l'existence ou non du monde des esprits, mais pour nous, suite à nos expériences, il n'y a pas de doute sur leur existence. Cela fait partie du quotidien, et on n'a pas à entrer en transe pour s'assurer qu'un végétal est vivant et qu'il mérite du respect. C'est une vibration, une énergie. Et cette vibration, elle peut transmettre un chant. »
La connexion avec ce monde subtil, quand elle est dans son jardin et dans leur lieu de vie, Céline la ressent en permanence. « Dans l'espace d'un rituel, il y a des choses plus approfondies et qui varient en fonction des personnes présentes, mais même en dehors, je sens leur présence. » Pour Borys, ces moments de perception peuvent être plus « tranchés ». « Quand je dois faire la vaisselle, je ne perçois pas la vibration. En revanche, au quotidien, j'ai mis en place des rituels qui me reconnectent immédiatement à ça. » Sonner la cloche le matin, déposer des graines dans un pot pour les oiseaux, faire des demandes pour l'harmonie, chanter devant l'arbre couvert de petits tissus à l'ombre duquel nous discutons : ces espaces de vie ritualisés offrent en permanence à Borys des occasions de ressentir cette vibration. « Dans le chant, ce matin, lorsque j'ai salué le vent, une petite brise s'est levée, me raconte-t-il. Cela arrive régulièrement, je sens une connexion magique avec le vent. Dès que je le salue, il se met à souffler. » Comme pour ponctuer la phrase, le vent se lève. J'ai un frisson : serait-ce la vibration ? « C'est arrivé lors d'un rituel sous la yourte, se souvient-il. Je chantais pour le vent, il est entré par la porte ouverte, a soufflé et fait des tourbillons. Cette vision, nous ne l'oublierons jamais, ces moments où la nature semble ‒ restons pudiques ‒ participer à ce que tu es en train de faire… Dans ces instants, la vie devient vraiment sacrée, tu changes de regard. Après, les problèmes de la vie quotidienne, dont la peur, recouvrent ça, et tu peux ne plus le voir, et tu l'oublies. Si on perd une certaine vigilance, on peut très bien s'en éloigner. »

Cette rencontre magique avec le vent, je viens de la vivre en direct. Coïncidence ou pas, elle était belle. Qu'est-ce qui alors est important ? Qu'elle soit un hasard que mon cerveau transforme en croyance, qu'elle soit la preuve de l'existence de l'esprit du vent et du pouvoir de Borys, ou simplement qu'elle ait été belle ? « Quand on revient de loin, on peut raconter ce qu'on veut, poursuit Borys. En même temps, toutes les personnes qui m'ont enseigné m'ont dit : “Tout ce que je te dis, va le vérifier.” Il faut faire l'expérience. Si tu n'as jamais goûté le sucre, j'aurai beau t'écrire dix bouquins sur le sucre, tu n'en connaîtras pas le goût. Dans le rituel du bania, le feu démarre, on chante, et à chaque fois, j'ai l'impression qu'il entend et qu'il réagit comme si on soufflait dessus. Est-ce une croyance ? On regarde les choses comme on peut les regarder, et parfois comme on veut les regarder. Au bout d'un moment, notre mental rationnel revient. Même si tu vois le miracle de la vie, une fois, deux fois, trois fois, il y a toujours le doute. Pour ma part, je n'ai ni doute ni croyance, mais je suis étonné de ça. Qu'est-ce qui fait qu'à certains moments, il y a une connexion et un vrai dialogue avec le vent, les oiseaux ? Qu'est-ce qui fait que cela n'est pas permanent ? Je ne sais pas. »

Cette réflexion m'est venue : est-ce que les animaux, qui ne se posent pas toutes ces questions, n'ont pas justement cette connexion qui les anime en permanence, leur dictant faits, gestes et migrations ? « Il faudrait le leur demander, m'a répondu Borys. En tout cas, les oiseaux chantent tous les jours. Et je sens que l'homme, s'il chantait tous les jours, ferait moins la guerre… Sans doute avons-nous quelque chose en plus, ou en moins, que les animaux… Mais l’animal, nous l'avons aussi en nous : comment se fait-il que dans la transe, quelqu'un qui n'en a jamais vu, voit des serpents de dix mètres qui ne vivent pas nécessairement dans le pays où il a la vision ? Comment se fait-il qu'on voit parfois des animaux mythiques, dans les rêves, mais aussi dans les visions ? Il y a des mémoires de tout cela qui se baladent en nous. L'historien des religions Mircea Elliade l'a décrit : le chamane, pendant la transe, passe de 400 à 4 000 mots. Il ne les connaît pas et ne les utilise pas au quotidien, mais dans cet état, ses capacités sont décuplées. Sa poésie, son chant, les paroles qu'il va dire, il ne les trouve que dans la transe, donc il a accès aux mémoires qui sont là. Ce sont les mémoires de l'humanité. Et je ressens ça : dans la transe, ce n'est plus “Borys” qui parle et agit, mais l'état psychique qui permet à une poésie de se dégager, et au chant d'être sculpté par la vision. Car je n'écoute plus le chant, je le regarde. Ça, ça a été le point de basculement dans ma vie, lorsque j'ai pu entrer dans cette vision à volonté : je n'écoute plus le son, je le regarde, parce que c'est du mouvement, de la lumière. »

« Pour moi dans le chamanisme, poursuit-il, la poésie est essentielle. La poésie, c'est le langage spirituel, tout comme les contes, les mythes. Mais j'ai aussi en moi une part rationnelle, car je côtoie des gens rationnels, et si je ne comprends pas leur rationalité, je ne suis pas dans l'empathie. Si je me contentais de vivre ma foi, je n'aurais pas le même rôle. Je garde donc cette part cognitive, tout aussi importante que ma part intuitive, pour pouvoir parler de mes expériences sur les deux plans : poétique et scientifique. Car la transmission de l'intangible n'est pas facile. D'ailleurs, tu ne transmets pas : tu accompagnes la personne. »
La perception de cet intangible, Céline et Borys la font parfois toucher directement à travers le contact des éléments de la nature. Comme l'arbre. « Récemment, nous avons proposé à un groupe d'aller à la rencontre d'un arbre. Pas à la façon new age en allant embrasser l'arbre, mais en observant, face à un arbre, comment on se sent à l'intérieur. Puis on fait un pas vers l'arbre, et on voit si quelque chose a changé. On touche l'arbre, on lui dit bonjour et on invite la personne à ressentir ce qui se passe dans son corps et ses pensées aussi, et à établir un contact avec un végétal. Arrivé à ce point, je sens chez certains des crispations. Alors je prends mon manteau rationnel et je joue, comme un acteur : “Mais au fait, parler à un arbre, et espérer qu'il te réponde en plus, qu'il te donne une information, c'est complètement idiot. Qu'est-ce que je fais là ? C'est n'importe quoi, etc.” Puis je laisse un espace, et je reprends. “Et en même temps, peut-être qu'aujourd'hui, je vais lâcher le doute, je vais jouer le jeu. Et sans a priori, je vais dire à l'arbre : Je m'appelle Borys, je vais l'écouter, le toucher, et peut-être que quelque chose va s'ouvrir, peut-être que je vais avoir une grande surprise. » Et les gens ont fait l'expérience. Après, pendant le temps de parole, l'un a dit : “Moi, je n'ai rien vu. Mis à part la forme d'un animal sur l'écorce, et puis ceci, etc.” Et en fait, tous avaient perçu des informations. Et au fur et à mesure du partage en groupe, ils se renvoyaient des choses, et on s'est rendu compte que chacun avait vraiment reçu les signes qu'il lui fallait… par un arbre. » « Une personne du groupe, renchérit Céline, avait choisi un bel arbre avec la cime ensoleillée. Pour y aller, il fallait descendre, traverser des ronces. Une fois au pied de l'arbre plein de ronces, elle devait se recroqueviller, ne voyait plus l'arbre, ni la cime. Cela décrivait exactement l'état dans lequel elle était en venant et ce qu'elle vivait au quotidien. Une belle métaphore. » « Cette personne a ensuite pris du recul, poursuit Borys, et elle a alors vu certains détails de l'arbre. Elle a retrouvé en même temps l'esprit de synthèse et l'esprit du détail. Cela, ça a un effet sur tout, sur le souffle, la nervosité, etc. Quand tu te réorientes, et que tu ne perds pas la globalité, c'est déjà un grand pas vers ton bien-être. Quel psychanalyste, l'arbre ! »

Évidemment, on se demande comment un végétal peut renvoyer tout ça. Est-ce une projection inconsciente de notre propre esprit ? Ou existerait-il une cohérence invisible qui créerait ce type d’« échos » entre extérieur et intérieur ? Mystère. En tout cas, cela semble fonctionner. Plusieurs fois pendant ces deux jours d'échanges avec Borys et Céline, nous avons évoqué cette spécificité qu'a notre intellect de toujours vouloir comprendre comment et pourquoi, ce besoin de chercher midi à quatorze heures quand il suffit d'être à l'écoute. Ce besoin est une qualité évidente dans notre vie moderne, mais qui, parce qu'elle est prédominante et exclusivement valorisée, induit un doute systématique. Un doute qui empêche, et parfois interdit, d'imaginer qu'existe une autre part de l'homme que cette approche carrée. Comme des œillères qui obscurcissent le tableau complet de qui nous sommes, auxquelles nous sommes tellement habitués que nous les voyons plus. « On n'a pas toujours l'idée que la communication avec les choses est aussi simple que ça, reprend Borys. Dans le bania, par exemple, les nœuds des arbres représentent des yeux, des bouches, des portes, et on peut souffler vers eux. »

Le bania, installé au bout de la maison de Borys, est une pièce tapissée de bois, avec un poêle dans lequel on verse de l'eau. Cela ressemble à un sauna, où l'on entre couvert d'un tissu ou d'un paréo, mais en plus humide, moins chaud (60° environ), et avec une dimension sacrée. Pendant ce rituel, dans lequel on doit rentrer avec une intention précise, Borys enchaîne des prières, des gestes, utilise ‒ en douceur ‒ des fouets de chêne ou de bouleau pour purifier l'énergie, et chante. « L'esprit du bania s'appelle Banchekou, m'explique-t-il. Il est une sorte d'égrégore qui se forme avec le feu et l'eau. Normalement, d'après les traditions sibériennes, on n'y chante pas. Parce que la fonction de Banchekou est de laver, donc il peut laver ta voix, et tu peux la perdre. Mais cela me manquait, car j'avais fait des sweat lodges où on chante, donc j'ai demandé si je pouvais le faire, et progressivement, ça s'est installé. Ce qui m'a conforté, c'est que j'ai reçu aussi des chants à l'intérieur du bania, et des informations sur la façon de chanter dans ce cadre-là. Je l'ai dit à mon maître, Nadiejda, qui m'a dit que ce n'était pas fermé. »
Ce rituel du bania s'est inscrit, comme les autres, dans la vie de Borys. Lorsque je lui ai rendu visite, il avait prévu d'en faire un en famille, avec son fils de passage, et m'a invitée à m'y joindre. Pour ma part, l'expérience du bania a été particulière. Étrangement, alors qu'il met en général au moins trois heures à atteindre la température requise, ce jour-là, nous avons discuté vingt-trois minutes, enregistreur à l'appui, et le bania était prêt ! « Du jamais vu », m'a assuré Borys. Ensuite, Banchekou m'a mise KO au premier round, sur les quatre que compte généralement le rituel. Je n'ai pas pu suivre l'ensemble. Décrire ce qui s'est passé est difficile, trop intime peut-être. Disons pour résumer que de mon « absence », j'ai le souvenir d'avoir visité un autre monde, habité. Puis la voix de Borys m'a ramenée dans celui-ci. Au retour, je suis restée plusieurs heures collée à la terre, heureuse d'y être, comme un bébé au sein de sa mère, et j'ai, comme le dit joliment Céline, beaucoup « rendu à la terre ». Quoi exactement ? Avec le recul, je le traduirai ainsi : des peurs, beaucoup de peurs, et avec elles des schémas de pensée, des réflexes, des attitudes violentes vis-à-vis de moi-même que j'avais érigées en mode de fonctionnement. Comme des peaux qui me recouvraient, et dont je n'avais, malgré des années de thérapie et de méditation à mon actif, même pas idée qu'elles existaient. Banchekou a donc fait son office : il m'a lavée, mais au « karcher »… laissant dans son sillage beaucoup d'interrogations sur mon identité. Ce qui m'a amenée, par la suite, à revisiter, entre autres expériences, le bania de Borys.

Qui suis-je ? Errer pour mieux se retrouver

« Se trouver, trouver sa place dans la vie, trouver son identité profonde : en général, c'est à partir de là que l'action peut se poser, m'explique Borys. Cette ignorance fondamentale, les textes de l'Inde l'expliquent. C'est universel : depuis la nuit des temps, l'homme rencontre le même problème, sauf s'il trouve sa véritable identité profonde, et qu'il arrive à regarder le monde avec ça. Alors, l'action change, et le résultat aussi. Souvent, on ignore qui l’on est, on ne se connaît qu'à travers les yeux des parents et des proches : “Tu es comme ça, tu deviendras ceci ou tu seras un bon à rien.” On ne voit que cette pensée-là, et on appuie inconsciemment notre représentation de nous-mêmes sur cette pensée. Pour retrouver qui on est, il faut faire un travail sur la peur, sur l'excès de passion, sur tout ce qui nous révulse, la haine, et sur l'orgueil. Ce sont les quatre sources issues de l’ignorance de qui nous sommes. »
Manifestement, toutes les traditions, qu'elles soient chamaniques ou pas, semblent avoir placé cette question de « quelle est la place de chacun dans cette vie » au cœur de leurs enseignements. En mariant les voies qui lui ont été transmises, Borys a construit un outil bien à lui pour aider ceux qui viennent le voir à y répondre, à travers le chant. « Quand une personne vient chanter, dans sa voix, je peux ressentir si ces quatre sources sont présentes et à quel degré. Si elle rencontre une difficulté sur un trait musical, si elle trébuche toujours sur la même note, c'est parce qu'elle a entendu une note qui n'est pas perçue dans sa véritable forme. C'est l'histoire de la corde et du serpent : elle a vu un serpent, elle a fait un pas vers l'arrière, elle a trébuché, est tombée le derrière dans le nid à scorpion, elle souffre. C'est pourtant une corde au sol. Mais elle a vu un serpent. C'est la connaissance fausse qui provoque tout cela. Dans le chant, la personne a entendu une note, ce n'est pas la bonne, mais elle la répète. Et en se trompant, en la chantant trois fois, elle l'a déjà ancrée, elle a créé un conditionnement. Tant qu'elle chante avec son passé, elle va chanter cette note. Elle répète ce qu'elle a entendu, comme on répète ce que nos parents nous ont dit, ce qu'on a entendu d'eux, et parfois même ce qu'on a cru entendre d'eux : nous avons tronqué l'affaire, et on a créé des rancunes, ou de l'amour, etc. Quand quelqu'un vient chanter pour la première fois, d'abord on se parle, on boit un café, pour sortir du formel. Je ressens déjà les tensions, et comment sera le son. Puis, quand il chante, c'est comme une carte. Je peux percevoir tel ou tel aspect de sa vie. À partir de là, en me basant sur les caractéristiques de la couleur de sa voix qui est unique, son timbre, je sens, j'entends, j'anticipe sa voix quand la peur disparaîtra, quand il ouvrira les yeux, quand il se redressera et qu'il chantera avec l'enthousiasme nécessaire. Après, on chemine vers cette voix que j'ai déjà entendue. »
Pour ce travail, Borys utilise aussi les éléments. Mettre du feu dans la voix, pour rencontrer l'éclat du cœur, de la fraîcheur, pour rencontrer celle de la terre, de la douceur, pour toucher la nature de l'eau, arrondir la voix, mettre d’« o » dans le « a », pour sentir la générosité de l'air, laisser un peu de silence après un mot, pour recréer de l'espace, celui de l'éther. « En révélant la terre dans sa voix, la personne se sent mieux dans son corps, rafraîchie, avec l'air, elle ouvre un peu sa cage thoracique, avec l'eau, elle se sent touchée, caressée, etc. Elle devient une créature qui, en déployant toutes ces dimensions de l’être, fait honneur à son créateur quelque part. »
« Je donne aussi quelques clés : une personne, c'est comme une table, avec quatre pieds. Chaque pied représente un aspect de ta vie, que je peux entendre dans ta voix quand tu chantes. Un pied, c'est l'aspect matériel (artha) : ton corps, l'argent que tu gagnes pour acheter une maison, des vêtements, pour te protéger, tout ce qui t'apporte la sécurité. Quand le matériel vient à manquer, tu vis le sentiment d'insécurité. Dans le chant, je vais orienter le chant plus vers ce tambour, ou vers le nord, au-delà de ces murs. J'emmène la personne dans une image poétique, et elle retrouve une sécurité. L'autre pied de la table, c'est sa relation sociale (dharma). Si cette vie-là n'est pas ouverte, si tu es seule sur ton îlot en train de souffrir, je vais tenter de t'amener à chanter en visualisant une relation sociale qui est bien posée dans ta vie, tes amis, tes enfants, ta famille. D'un coup, ta voix se replace, ton oreille s'ouvre. Quand ce pied n'est pas solide, la personne vit le sentiment de culpabilité. Parce que dans la vie sociale, il y a des lois, et quand tu ne respectes pas ces lois, tu vis, inconsciemment bien sûr, dans la culpabilité. Le troisième pied, c'est la vie amoureuse (kama), avec peut-être aussi l'amitié, l'amour et le sexe. Si dans cette partie, dans cette zone du bassin, l'activité n'est pas libre, s'il y a une force qui manque, la personne perd un appui fondamental pour le son. Une personne dont le pied de l'amour est faible va vivre la frustration, et elle rencontre la frustration en chantant. Dans le chant, tu peux travailler sur cet aspect, l'expression des sentiments ; et ce pied va se renforcer. Si la personne n'a plus de vie amoureuse, elle va remettre en mouvement certaines choses, car tout cela agit extérieurement. Les portes s'ouvrent. Et le quatrième pied, c'est celui de la spiritualité (moksha). En chantant un chant sacré ‒ dans le sens poétique ou religieux selon les personnes ‒ si la personne touche la prière, elle vit quelque chose de fort. Et ce qu'elle va obtenir, c'est la liberté. Une personne qui n'a pas de vie spirituelle n'a pas de liberté. La liberté de l'être en tout cas, pas la liberté illusoire que te donne par exemple l'argent à un moment donné. »
« Quand j'ai travaillé avec les sans-abri, le pied de la sécurité n'existait pas. La vie sociale, dans la rue, non plus. La vie spirituelle, j'ai vu parfois quelques miracles, j'en ai rencontré qui avaient un pied. Quant à la vie amoureuse, dans la rue… Or pour trouver son dharma, c'est-à-dire ce qu'on a à faire ici, quand la table est par terre, c'est impossible. Pour trouver son dharma, il faut que la table soit équilibrée, et les quatre pieds solides. »

Évidemment, on peut poser soi-même ce genre de bilan sur sa vie. Mais encore faut-il avoir cette grille de lecture ‒ qui n'est qu'une parmi d'autres qu'utilise Borys ‒, être lucide sur soi, et creuser au-delà de l'ego et de ses jugements hâtifs. « Quand une personne chante, elle ne triche plus. Elle peut tricher avec les mots, manier des connaissances si elle a un peu lu, mais pas quand elle chante. Les filtres inconscients comme la peur, le doute, s'entendent dans le son. » Et puis Borys ne se contente pas de « lire » la voix pour faire un diagnostic. « Avec le travail sur le chant, la table s'équilibre. Et la personne va voir d'elle-même comment elle doit chanter. Ce sera sa propre création. Des ponts se créent entre ce travail et ce qu'elle vit dans son quotidien. Son travail sur la voix devient un point de repère, elle sait où elle en est quand elle chante, et cela ré-éclaire une part de sa vie. Elle retrouve une autonomie. »

Le silence qui relie

Finalement, le chant devient une porte qui s'ouvre sur soi-même. Et parce qu'il touche à l'organe d'expression, il transforme aussi la relation à tout ce qui nous entoure. Comment ? « Pour moi, le chant est un acte non silencieux, destiné à créer le silence à l'intérieur, résume Borys. On chante pour créer le silence. D'où le nom de mon association Chant du Silence et du chœur amateur, Lux Silentii, la « lumière du silence ». En fait, peut-être est-ce même le but de tous ces rituels, de toutes ces purges, des coups de tambours, du bania : retrouver des espaces silencieux. »
Ce silence intérieur, c'est aussi la quête de Céline à travers les diètes de plantes, qu'elle transmet en les proposant à l'occasion de retraites. « Dans ces moments, tu peux rencontrer ton essence profonde et retisser des liens avec le vivant. Tu redeviens réceptif aux énergies de la nature et aux mondes autres. Les Indiens, quand ils vivent en pleine forêtils sont dedans en permanence. Tu ne peux pas le faire en restant dans ton quotidien social. Parce que finalement ce qui nous empêche d'accéder à cela, c'est notre société actuelle, avec nos modes de vie dispersés par la communication permanente et pressés par le temps. » Forcément, pour nous, installer ce silence et cette réceptivité nécessite de faire un effort, de prendre des temps hors de la course habituelle et du remplissage automatique du temps tel que nous avons l'habitude de le pratiquer, pour se recentrer. « On est toujours tenté d'accéder à ce qu'on veut, donc aussi à ces mondes, comme on accède à son expresso en appuyant sur un bouton, commente Borys. Mais il y a un temps nécessaire, celui de la nature, pour se laisser enseigner. Et si tu ne fais pas d'effort, si tu ne vas que dans le sens du poil et que tu ne suis que tes désirs, tu ne transformes rien. En même temps, cette transformation, cette expérience que les personnes vivent dans cette recherche, elle est déjà inscrite au fond d'eux-mêmes. Elles ne font que retrouver ce qu'elles sont. Nous ne faisons que proposer, dans ces espaces de silence, quelques mouvements. Si on devait résumer tout le travail du chamanisme, tous ces pieds de table, tout ce que je te raconte, c'est remettre du mouvement, remettre de la vie, là où il y en a moins. »

Remettre du mouvement, en chantant et en frappant sur un tambour (entre autres) pour installer le silence… Le chamane ne serait donc qu'un chef de gare qui orchestre des allers-retours entre ces contradictions apparentes ? Oui. Et non, va m'expliquer Borys. « Le mot “chamane” est un mot inventé. Et ce que je dis parfois aux gens qui viennent ici, c'est que le chamanisme, c'est du pipeau. C'est juste quelqu'un qui crée un mouvement, et qui permet à l'autre de rentrer dans ce mouvement. Mais c'est le mouvement, celui de la vie, qui soigne. Le reste, le costume, les plumes, le tambour, les incantations, on n'en a absolument pas besoin. Le chamane est un bon comédien : comme au théâtre, un bon comédien emmène le spectateur, qui oublie le comédien, et est heureux de voir ce personnage. Et même s'il sait que c'est une fiction, il rentre dedans et s'identifie au personnage. Le chamane joue donc avec un pipeau, mais quand tu joues bien du pipeau, tu fais sortir les rats de la ville. » Alors à quoi bon tous ces accessoires si minutieusement préparés et transmis de génération en génération de chamanes ? « Parce que l'homme a besoin de référents. Une fois que tu trouves un point de référence, tu commences à cheminer, et tu peux orienter ton esprit. Le danger, car il existe, c'est quand le référent veut du pouvoir et quand tu le lui donnes. Le tambour et la voix peuvent alors être des instruments de pouvoir énorme. »
Suffit-il donc que le chamane enfile son képi pour être un chef de gare ? Pas si simple : pour que le chef de gare existe, il faut que le voyageur voyage… et qu'on lui indique les trains, les horaires, et les destinations possibles… « Il y a une part d'humour quand je dis : “C’est du pipeau.” Parce que quand tu es dans la transe, les esprits t'apparaissent ; quand tu joues du tambour et que tu chantes, tu es dans une communication extra ou supra consciente. Au moment où tu le vis, ce n'est pas du pipeau. Tu n'es plus le spectateur au théâtre : ce que tu vois est réel et t'influence. C'est réel, comme la sensation de réalité que tu peux avoir en rêve, même si ce n'est pas réel pour la personne d'à côté. Je pars du principe que ce que l'on perçoit existe. Ce que tu as perçu a existé, ça ne veut pas dire que ça existera encore, ou que ça existera pour un autre. Ce sont des fondements du yoga : le premier, « Sat-Vada » : tout ce qui est perçu existe. Le deuxième, « Parinama Vada » : tout ce qui est perçu et qui existe change tout le temps. Donc il ne s'agit pas d'atteindre une vision dans le chamanisme et de se cantonner à cela. Sinon, il n'y a plus de mouvement, plus de chemin. Cela peut donc aider de chanter face à cette peau de loup, et de chanter un chant qui parle de l'esprit du loup. Mais à un moment, tu peux trouver ce dont tu as besoin sans t'appuyer sur l'objet. » L'objet, alors, n'est plus, ou n'a été qu'un passeur. « Comme la graine est un passeur pour l'arbre qu'elle va devenir. Mais il existe aussi une vision “sans graine”, et je pressens que la vraie liberté, elle est là, c'est celle qui s'appuie sur rien », conclut Borys. Cette notion de « rien », de vide , on la retrouve dans le taoïsme chinois. Elle est l'origine de toute chose, dont la manifestation, sous forme dispersée, donc invisible, s'appelle le Qi, l'énergie, aussi traduit par « souffle ».
Peut-être est-ce une autre façon de nommer l'« esprit » des choses, la vibration, cette dimension sacrée du vivant qu'honorent les traditions des peuples premiers ? « Pour moi, l'essence du chamanisme est là, me dit Céline : c'est faire prendre conscience à l'humain du sacré, du sacré en eux, autour d'eux et dans la terre, du lien qu'est l'homme entre les deux. Faire prendre conscience aux gens, à partir de ces espaces de vide et de silence, de ce qu'ils mettent à l'intérieur d'eux.

(4) Dans le taoïsme, le « rien » s'appelle Wu, et c'est l'origine de toute chose. Il est associé au « vide » (Xu). Xu, le vide, maintient le lien avec le Wu, l'origine, et se trouve au cœur de toutes les manifestations sous la forme dispersée, donc invisible, du Qi. C'est ce vide qui permet que ce qui advient soit.

Leur alimentation, leurs lectures, mais aussi la télévision, etc. De quoi se nourrissent-ils ? Et eux, comment nourrissent-ils la terre ? Parce qu'elle en a besoin… À travers ce travail, il n'est pas nécessaire de dire aux gens de consommer responsable, etc. Il n'y a pas à se forcer, ni de leçons à donner : cela s'inscrit dans le corps, on retrouve ce lien, et on change naturellement de comportement. »
« C'est drôle, conclut Borys, finalement, tu deviens indépendant à partir du moment où tu comprends que tout est connecté, que tout est interdépendant, et que tu es relié. La liberté, c'est la compréhension et l'expérience vécue de cette reliance à chaque instant. Elle se passe toujours au présent. Ce n'est donc jamais vain d'être présent à cela, même si tu es seule chez toi ou dans la forêt, ça rayonne quelque chose, comme un poumon qui agit dans l'invisible. Là, tu acceptes la vie dans son vrai sens : nous sommes reliés… »

Quelques idées clés – Borys Cholewka et Céline Ochem

  • Le rôle du chamane est de nous aider à retrouver la part sacrée en nous et autour de nous.
  • Le chant sacré permet de se remettre en lien, avec soi et avec une dimension plus vaste.
  • Les esprits dans le langage chamanique sont la fréquence vibratoire contenue en chaque chose, pierre, animal, fleur, etc., qui nous influence et interagit avec nous.
  • Le chant qui guérit est transmis par la vibration, l’énergie du monde des esprits.
  • La dimension spirituelle, pour se manifester à nous, emprunte le langage poétique. Pour s’y ouvrir et la percevoir, il faut cultiver l'attention, l’ouverture et l'écoute. C’est à cela que travaille le chamane.
  • Les diètes de plantes permettent d’intégrer leur esprit, pour pouvoir absorber les énergies des personnes malades et les évacuer.
  • Ce qui nous empêche d'accéder aux mondes autres, c'est notre société actuelle, avec nos modes de vie dispersés et pressés par le temps et la communication permanente.
  • En Amazonie, un jeune qui se cherche prend, accompagné, des plantes maîtresses qui vont lui indiquer son chemin. Dans nos sociétés, quand un jeune teste la drogue, c’est une « initiation sauvage » qui peut surtout le rendre dépendant, alors que sa quête était peut-être celle d’une expérience spirituelle.
  • Selon les philosophies de l'Inde, l’homme doit travailler sur quatre sources d’affliction : la peur, la passion, la répulsion et l'orgueil.

Comment je me relie au quotidien

Céline : « Je vais dans mon jardin, je regarde mes plantes et je les appelle. Je les sens, comme une danse autour de moi. Je marche aussi pieds nus sur la terre. Se coller le dos aux arbres permet également de recevoir leur verticalité et leur force. Marcher en pleine nature, surtout dans les forêts, en silence. Quand on entre dans une forêt, on est forcément entouré d'esprits. Les arbres, par leur verticalité, aident à faire cette connexion entre ciel et terre. »

Borys : « Il me revient souvent à l’esprit et au cœur que le plus grand pouvoir de l’être humain, c’est le silence. Et plus au-dedans encore, la lumière de son silence. Alors, chaque jour, pour faire vivre ce paradoxe du chant, qui génère le silence intérieur, je chante devant ma maison de pierres et de bois, en offrant des graines aux oiseaux, aux esprits, dans les 9 directions, tout en faisant sonner une petite clochette au pied de l’arbre blanc, le bouleau. Lorsque les oiseaux arrivent en chantant eux aussi, et que la brise répond à mon chant, je ne résiste plus à la grâce. Chaque jour, comme une gratitude ! »

Pour plus d'informations sur les diètes de plantes, vous pouvez contacter l'association Pachamanta fondée par Borys et Céline Cholewka: http://www.pachamanta.com